Les récentes attaques des rebelles ADF en Ituri lundi 16 mars 2026 , ayant coûté la vie à une dizaine de civils (décapités à la machette), ainsi que leur progression dans les profondeurs de la forêt du territoire de Mambasa, menacent également la Réserve de faune à okapis, s’inquiètent plusieurs acteurs environnementalistes de la région.
Moïse Mayani, citoyen de Djugu, qui déplore ce énième massacre de civils innocents, appelle les autorités à renforcer la sécurité dans la zone, particulièrement autour de la Réserve à okapis, l’un des patrimoines naturels rares du pays, aujourd’hui menacé.
« La Réserve de faune à okapis est sans doute déjà infiltrée, d’autant plus que ceux qui tuent les habitants opèrent dans la forêt et ses environs. Ces nouvelles attaques terroristes sont un signal d’une menace sérieuse sur cette espèce endémique de la RDC. Et ces gens qui tuent les humains avec une telle atrocité, je ne sais pas s’ils peuvent avoir pitié de ces espèces rares de notre faune nationale » craint-il.
Celui-ci réitère son appel aux autorités face à cette montée de la violence dans la zone, qu’il estime se dérouler sous l’impuissance des services de sécurité.
« Mambasa et Babesua ont été endeuillés lundi après l’attaque des assaillants. Ce qui est déplorable, c’est le fait que ce n’est pas la première fois que cela se produit. Nous avons l’impression d’être abandonnés par les autorités. Nos enfants, nos femmes et nos parents sont massacrés chaque jour sous l’œil impuissant des autorités militaires qui administrent l’entité », regrette-t-il.
De son côté, Julienne Mwasi, depuis la ville de Bunia, qui craint que cette avancée djihadiste atteigne les provinces de la Tshopo et du Haut-Uele, voisines de la grande forêt, appelle les FARDC à multiplier les offensives afin d’anéantir la menace à sa source.
« Notre pays dispose d’une armée structurée et capable de neutraliser les ADF. Il faut agir maintenant. J’encourage une riposte exemplaire contre ces rebelles. Les provinces de la Tshopo et du Haut-Uele sont certainement en situation de péril. La mise en place d’une approche préventive est nécessaire. Les civils sont invités à signaler tout mouvement suspect pour aider à anticiper les menaces et à renforcer la sécurité générale. Nous exigeons des réponses et des actions immédiates pour notre sécurité et notre survie ».
La situation préoccupe également au plus haut point les défenseurs des droits humains de la région. Christophe Munyanderu préconise l’installation de bases militaires avancées et le lancement d’opérations militaires comme stratégie pour protéger la population et garantir l’intégrité du territoire national.
Selon lui, cela pourrait empêcher toute implantation durable de cellules terroristes. Christophe Munyanderu insiste par ailleurs sur la nécessité d’une synergie entre les deux provinces afin d’affaiblir les ADF :
« Il faudrait que les autorités de ces deux provinces puissent se mettre autour d’une table et réfléchir à des plaidoyers au niveau national afin de renforcer l’effectif des militaires FARDC dans la zone. Aujourd’hui, nous faisons face à des difficultés liées à la présence des ADF dans la grande forêt du territoire de Mambasa. Cela expose malheureusement les populations environnantes. Nous demandons à la population de rester toujours vigilante et surtout de quitter la zone en cas d’offensives des FARDC », déclare-t-il.
Depuis des mois, plusieurs grandes agglomérations de la province de l’Ituri font face à une pression sécuritaire croissante liée à l’expansion des groupes armés. Les territoires de Mambasa, d’Irumu et de Djugu restent les plus touchés par ces violences meurtrières qui menacent désormais la faune rare de cette partie de la RDC.
Animal emblématique de la RDC, l’okapi reste une espèce unique au monde que l’on ne retrouve à l’état sauvage que dans les forêts congolaises. Aujourd’hui, l’insécurité qui menace son habitat naturel fait également peser un sérieux danger sur ce symbole rare de la biodiversité nationale.
Parmi les principales stratégies évoquées par de nombreux observateurs pour renforcer la riposte contre le terrorisme en RDC figurent notamment le renforcement des équipements militaires, l’augmentation des effectifs, l’amélioration du renseignement ainsi que la coopération sécuritaire avec les provinces voisines.
Lee Sadiki Kajibwami