Bunia:«Au camp des déplacés, les Evêques compatissent avec les mutilés de guerre»

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La 2ème journée de la mission pastorale des Evêques de l’ACEAC et de la CENCO à Bunia, ce vendredi 22 janvier 2021, a connu trois moments forts : la messe pour la réconciliation célébrée à la Place de la Foi de la paroisse de l’Annonciation de Nyakasanza, les échanges avec les agents pastoraux de Bunia sur le rapport de la Commission diocésaine Justice et Paix, et la visite au camp de déplacés de Kigonze par 5 Evêques : Mgr Marcel Madila, Président de l’ACEAC ; Mgr José Moko, Vice-Président de la CENCO ; Mgr François-Xavier Maroy, Archevêque de Bukavu ; Mgr Dieudonné Uringi, Evêque de Bunia et Mgr Sosthène Ayikuli, Evêque de Mahagi-Nioka.

Le camp de Kigonze est érigé sur une concession du diocèse de Bunia qui l’a mise à la disposition du HCR pour y accueillir les déplacés. Ceux-ci étaient initialement installés sur un terrain contigu à l’Hôpital Général de Bunia dans des conditions déplorables. Mais c’est surtout la proximité avec un centre hospitalier en pleine période de la pandémie de la Covid-19 qui aura orienté les pouvoirs publics et les organismes humanitaires à choisir un autre site. L’Eglise de Bunia, encore une fois elle, offrit un terrain comme elle l’avait déjà fait pour les déplacés du site de l’ISP (Institut Supérieur Pédagogique), une de ses concessions.
A Kigonze les Evêques ont eu du mal à dissimuler leur émotion, bien que, selon les gestionnaires, c’est un camp dont l’aménagement en novembre 2019 a fait partie des sites les mieux planifiés parmi les 64 que compte la Province de l’Ituri. Géré par Caritas Bunia, le camp de Kigonze héberge 2.258 ménages, soit 12.325 pensionnaires. Les défis y sont nombreux : insuffisance d’abris, de nourriture et d’articles ménagers essentiels, ou encore manque d’eau potable et d’éclairage la nuit, ainsi que la non scolarisation de plusieurs enfants, etc.

Ces défis ont été rendus dans une saynète jouée par les femmes protestantes : Tunateseka sana (nous souffrons beaucoup) ; Tunakosa ciakula (nous mourrons de faim) ; Tunalala mu mvumbi(nous dormons dans la poussière) ; Tunataka kurudi nyumbani kwetu katika amani(nous voulons rentrer chez-nous et retrouver la paix).

Oui, il faut qu’advienne la paix pour que tout ceci ne se reproduise pas. Comment supporter le regard évasif d’une fille de 4 ans portant les traces de machette sur sa tête ! Dans ses yeux innocents elle ne sait même plus ce qui s’est réellement passé, ou plutôt elle ne le comprend toujours pas : « Maman, pourquoi j’ai été frappée à la machette » interroge-t-elle sa mère ? Ou encore cette dame aux deux jambes amputées au niveau des genoux qui malgré son état de sinistré pleure encore la mort atroce de ses 4 enfants. Et que dire de cet enfant devenu unibrassiste (1 bras) à 12 ans et cette grand-mère à la soixantaine brulée. La violence n’a pas d’âme, et le mal est un mal qui fait mal. Même un curé en est sorti avec les doigts coupés – fort heureusement qu’ils ont fait ombrage à sa tête – par ses propres chrétiens.

Oui il faut qu’advienne la paix, car comme dira Mgr François-Xavier Maroy, ce spectacle désolant n’est ni imaginable ni compréhensible… Il faut que tout ceci cesse.

Lydie Waridi Kone, Chargée de communication / Evêché de Goma