EXTRAIT DE LA PUNAISE DU COEUR

EXTRAIT DE LA PUNAISE DU COEUR

Ferre Gola, c’est le nom qu’on avait donné au taxis-bus qui parqua juste à la Station Ni Yetu, à la première Entrée de la paroisse Notre Dame du Mont Carmel, lorsque l’on vient de Ndosho. La portière du bus s’ouvrit et fit résonner une musique haletante que les clients avaient du mal à percevoir. Le convoyeur descendit du véhicule suivi d’un monsieur hideux qui donnait passage à une demoiselle descendant à Ni Yetu. Viviane quitta le bus en train de reprendre les paroles de Je suis Calée de Daphné avec une valise, deux sacs à mains bombés. Elle remit à l’Atalaku  un billet de 500fc

         Merci, dit-elle lorsque le convoyeur lui remit la différence.

     Le convoyeur fit entrer d’autres passagers qui attendaient sur le parking et le bus s’en alla.

     Viviane resta seule sur le parking, perplexe. Elle enfouit sa main droite dans une des poches de son pantalon pour sortir son Techno, le déverrouilla et lut ce qui était comme un message. C’est bien l’adresse qu’on lui avait donnée. Elle s’empara de sa valise et ses deux sacs à mains et commença à descendre comme si elle se dirigeait vers la paroisse Notre Dame du Mont-Carmel.

     Soucieuse, silencieuse, la musique qu’elle écoutait à travers son kit des écouteurs ne semblait pas la libérer de ses tourments. Elle marchait seule jetant des regards irrésolus ça et là jusque quand elle arriva au carrefour situé à l’entrée des écoles La Promise et Amen. Vers 17 heures, l’endroit était particulièrement éveillé et ému par les clients qui venaient acheter des produits dans les différentes boutiques, les élèves de Amen et de la Promise qui avaient un peu trainé à l’école après l’étude de l’après-midi.

     Viviane s’arrêta et s’adressa à un homme qui faisait des crêpes simples

     – Bonjour, je cherche chez Marc

     – Non désolé dada, je ne connais pas.

     – Ce n’est pas ici à Bahai ?

     – Non désolé. La rue à votre droite, juste après la Promise, à califourchon.

     Viviane remercia et emprunta la rue, traversa La Promise et atteignit le CS Bahai.

     -Bonjour, vous savez où habite Marc ? demanda-t-elle à un revendeur des unités.

     Le revendeur lui indiqua une clôture juste à coté.

     Viviane regarda la clôture et avala la salive. Une maison dans la clôture faisait contempler de l’extérieur ses deux étages en vitres tintées. Alors c’est là-bas où Marc habitait. Comme ce n’était pas loin, elle marcha juste quelques pas pour atteindre l’enceinte.

     Elle toqua trois fois avant que la porte ne s’ouvre. C’était une enfant d’environ cinq ans qui lui ouvrait.

      -Approchez, dit-elle à Viviane

      Viviane se contenta seulement de sourire à l’enfant en faisant irruption dans la clôture.  Pavée, la cour était aussi jolie et embellissait la maison de l’intérieur. Des pots de fleur étaient garnis dans presque tous les coins. Devant l’entrée de la maison, une femme d’une cinquantaine s’asseyait avec ses enfants, une fille de dix ans et celle qui avait ouvert la porte pour Viviane.

     La femme était totalement ébahie. Elle ne connaissait pas Viviane pourtant elle arrivait chez elle avec une valise et deux sacs à main. Aurait-elle une visiteuse sans en avoir été avertie ? Ou encore c’était un sale coup de son drôle de mari. En fait depuis presque dix ans, son mari avait cessé de courir après de petites filles.

         Karibu dada, dit la femme à l’approche de Viviane.

         Merci maman

         Qu’est-ce que nous pouvons faire pour toi ?

         Je suis venue voir Marc, maman.

     Une lueur d’effervescence se dessina sur la figure de la femme. Alors à en croire la question posée par Viviane, elle n’avait pas de raisons de s’inquiéter ou de se poser des questions farfelues.

         Tu as dit Marc ? ce n’est pas ici qu’il habite.

     Viviane en fut surprise désagréablement. Toute cette somptueuse maison n’appartenait pas à Marc comme elle commençait à le croire.

    – On m’a pourtant adressé ici, maman.

      On n’a pas eu tort, ma fille. Marc habite bien ici mais pas dans cette maison. Marc est notre locataire. Il habite là-bas.

     La femme indiqua une autre maison en annexe, aussi construite en matériau durable qu’on avait bâtie dans un coin de la parcelle, à droite, juste à l’entrée de la clôture. Bien que pas grande, elle contenait une chambre à coucher, un salon et une autre pièce qui servait de cuisine. Mais cela, Viviane ne le savait pas parce que la maison était fermée. Si c’était bien là chez lui, elle ne pouvait pas s’en faire du tout. La maison montrait quand même que son locataire ne pouvait être un simple monsieur.

    – il n’est pas là, Marc ? Sa maison est apparemment fermée.

    – Non, ma fille, il n’est pas encore rentré du travail. Il ne va pas tarder.

    – Je préfère alors attendre.  J’espère que ça ne dérange pas.

    – Non, pas du tout. Fais comme chez toi.

     Viviane reprit sa valise qui attendait sur le pavage et se dirigea vers la maison qu’on lui avait indiquée. Elle  s’assit devant la porte sur les escaliers et attendit le retour de Marc.

     Une heure passa.

     Puis deux.

     Puis trois.

     Elle était toujours là, tantôt dormant sur ses genoux, jouant tous les jeux de son téléphone, écoutant de la musique dans son playlist. Tantôt les voisins venaient vers elle pour lui poser des questions sur les raisons de sa présence chez Marc, questions auxquelles elle ne répondait pas, tantôt elle sortait à l’extérieur de la clôture pour tuer le temps à l’attente de Marc jusqu’au moment où, après un moment de patience, quelqu’un toqua à la porte.  On vint ouvrir pour lui. Marc arrivait.

    Quelle surprise quand il rencontra une fille avec sa valise, attendant devant la porte de sa maison !

 

 

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