Du village de Bukununu aux sommets académiques: Ce parcours inspirant du chercheur Jean-Lebon Kambale Nzengera

Aujourd’hui chercheur et enseignant en santé publique, Jean-Lebon Kambale Nzengera est considéré par ceux qui le connaissent comme symbole vivant de persévérance et la preuve concrète que chaque engagement pris avec passion et détermination finit toujours par porter ses fruits. De son village natal à l’université, son parcours inspire aujourd’hui toute une génération.

Un scientifique au service de la santé publique

Détenteur d’un Master et bientôt Professeur d’université, Jean-Lebon Kambale Nzengera est aujourd’hui Coordonateur du troisième cycle de Master en Santé Publique à l’Université de Goma (UNIGOM). Il y assume également plusieurs responsabilités académiques, notamment la coordination des recherches, des enseignements et des partenariats au sein de l’École de Santé Publique. Il est aussi l’actuel coordinateur adjoint de stage du domaine de Medicine de l’Université de Goma .

Une jeunesse marquée par l’amour des études

Né le 10 septembre 1977 dans une famille de onze enfants, Jean-Lebon grandit dans un environnement rural où peu de jeunes poursuivent des études supérieures.

Très tôt, il se distingue par sa passion pour l’école. Après son diplôme d’État obtenu en 1996 à l’institut Mutiri à Butembo, il prend une décision qui marquera sa vie : Refuser le mariage précoce pour poursuivre l’université. « Il est hors de question de me marier sans avoir terminé mes études » déclara-t-il à sa famille.

Soutenu par son frère aîné, il entame son parcours supérieur et universitaire en sciences médicales.

De l’étudiant engagé au professionnel de santé

C’est à Bukavu, à l’Institut Supérieur des Techniques Médicales, que Jean-Lebon construit les bases de sa carrière. Très apprécié par ses camarades et par l’administration, il est élu président des étudiants dès sa deuxième année de graduat. En 2002, après l’obtention de son diplôme de graduat, il met temporairement une pause à ses études pour répondre à une opportunité d’emploi qui se présente à Goma.

Il commence ensuite sa carrière professionnelle à l’Institut d’Enseignement Médical Virunga en ville de Goma, où il occupe successivement les fonctions de Directeur de discipline, bibliothécaire puis Chef de section de la filière santé communautaire.
En 2010, il décroche sa licence à l’Institut Supérieur des Techniques Médicales de Goma avec un mémoire portant sur « Le harcèlement et les violences sexuelles en milieu scolaire dans la ville de Goma ».

La recherche comme vocation

Fort de son expérience professionnelle, Jean-Lebon développe une passion pour la recherche scientifique et nourrit l’ambition de devenir Professeur d’université.

Après dix ans comme enseignant et chef de section à l’ISETM-Virunga, il est nommé assistant à l’Université de Goma.
Encouragé par plusieurs professeurs, il poursuit son parcours scientifique et s’inscrit en 2020 à un programme de Master de Recherche à l’Université de Goma.
Son mémoire porte sur «L’évaluation de l’utilisation des services de santé sexuelle et reproductive par les adolescents et jeunes de la ville de Goma, dans la zone de santé de Karisimbi ».

Aujourd’hui Chef des Travaux, il prépare une thèse consacrée aux effets des services de santé sexuelle et reproductive chez les adolescents et jeunes de cette même zone de santé. Bien entendu après des publications sur « les facteurs de risque du cholera dans le camp militaire Katindo à Goma » ; « la gestion des déchets ménagers dans l’aire de santé Kahembe » et sur « le risque sanitaire de l’erruption volcanique de Nyiragongo sur la santé de la population de Sake en territoire de Masisi ».


Un modèle pour la jeunesse

Le parcours de Jean-Lebon Kambale inspire aujourd’hui de nombreux jeunes, notamment dans son village natal, où de plus en plus de parents commencent à encourager leurs enfants à poursuivre des études universitaires.
Pour lui, la discipline, la persévérance et la vision sont les clés de la réussite.

« L’ancienne mentalité qui considérait la fin des études secondaires comme la fin du parcours de formation disparaît progressivement» affirme-t-il, se réjouissant d’avoir été modèle pour ses jeunes frères cadets.

Vie familiale et loisirs

Marié depuis près de 17 ans à Madame Kavuho Musavuli Elsie, Jean-Lebon mène une vie familiale équilibrée. Son épouse et ses enfants le soutiennent pleinement dans ses projets scientifiques.
Pendant ses moments libres, il aime se détendre au bord du lac ou dans des espaces verts, écouter de la musique gospel et profane, et savourer ses plats préférés dont « le poisson et le foufou ».

Les défis de la recherche en RDC

Malgré son parcours, Jean-Lebon deplore les difficultés persistantes de la recherche scientifique en RDC qui, selon lui, freinent le développement de beaucoup de projets scientifiques. Il note notamment l’absence des laboratoires pour le traitement des données, l’accès limité aux données, le
non-accompagnement de chercheurs par l’Etat Congolais, l’absence de fonds pour financer des projets de recherche scientifiques, pour ne citer que cela.

Une ambition tournée vers l’avenir

Face à ces défis, Jean-Lebon Kambale nourrit l’ambition de créer un centre de recherche scientifique capable de réunir des chercheurs nationaux et internationaux. Pour lui, l’avenir du pays passe par la valorisation du savoir et de la recherche.

Message aux jeunes

Fort de son expérience, Jean-Lebon exhorte les jeunes à se concentrer sur leurs études, à se fixer des objectifs clairs et à travailler avec discipline pour les atteindre :
«Il n’y a pas de succès sans sacrifice. Pour atteindre un objectif, il faut renoncer à tout ce qui peut nous en détourner. » conclut-il.

Emmanuel Barhebwa

Santé sexuelle des étudiants : le doctorant Kambale Nzengera Jean-Lebon révèle des statistiques préoccupantes sur les IST

Réunis ce lundi 16 février 2026 à l’Université de Goma, près de 200 étudiants venus de différentes institutions universitaires de la ville ont pris part à une conférence consacrée à la santé sexuelle et à la prévention des infections sexuellement transmissibles (IST).
L’activité s’inscrivait dans le cadre de la journée mondiale des IST célébrée le 14 février de chaque année, ont indiqué les organisateurs.

Au cours de ces échanges, l’orateur du jour, le doctorant Kambale Nzengera Jean‑Lebon, actuel chargé des recherches à l’École de santé publique de UNIGOM et coordinateur du troisième cycle en santé publique au sein de la même institution; a présenté des données jugées alarmantes quant à l’évolution des contaminations aux IST.

Dans son exposé, le chercheur a alerté sur la progression inquiétante de ce type d’infections en République démocratique du Congo et à l’échelle mondiale, appelant à une prise de conscience collective, en particulier chez les jeunes en milieu universitaire.

Selon lui, « les infections sexuellement transmissibles constituent aujourd’hui un enjeu majeur de santé publique chez les jeunes de 15 à 24 ans, avec des conséquences potentiellement graves, notamment sur la fertilité, le cancer du col de l’utérus ou encore la transmission de la mère à l’enfant ».

S’appuyant sur des données épidémiologiques, il a indiqué qu’« environ un tiers des nouveaux cas d’IST dans le monde concerne les jeunes de moins de 25 ans ».
Une situation qui n’épargne pas le milieu universitaire congolais où, estime-t-il, certains comportements sexuels à risque favoriseraient la propagation des infections.

« Une étude menée dans plusieurs universités de la RDC(incluant Goma) montre que les comportements sexuels à risque sont très fréquents chez les étudiantes et étudiants (plus de 60 %) avec une forte probabilité d’infections liées à des rapports non protégés et à la multiplicité des partenaires », a-t-il souligné.

Au-delà de ces comportements, le doctorant a évoqué d’autres facteurs favorisant l’exposition aux IST chez les étudiants. Parmi les facteurs individuels figurent le faible usage des préservatifs et des contraceptifs, le manque de connaissances spécifiques sur les modes de transmission des IST, les symptômes et les méthodes de prévention. Sur le plan social, il a pointé la stigmatisation et les tabous entourant la sexualité et les IST, les pressions académiques, l’influence de l’environnement social, ainsi qu’une sexualité souvent vécue sans encadrement éducatif formel.

Face à ce constat, le doctorant a proposé plusieurs pistes de solutions à différents niveaux.
Aux universités, il a recommandé l’intégration de programmes d’éducation sexuelle et de prévention des IST dans la formation des étudiants.
Aux familles, il a conseillé d’encourager un dialogue ouvert et sain sur la sexualité afin de réduire les tabous, tout en encourageant les jeunes au dépistage volontaire et à l’adoption de comportements protégés.
Il a également appelé les structures communautaires, leaders locaux, ONG et médias à renforcer la sensibilisation, à créer des cadres sûrs d’information accessibles aux jeunes, et à lutter contre la stigmatisation.


S’adressant directement aux étudiants, Jean-Lebon a fortement insisté sur l’usage correct et systématique du préservatif, rappelant qu’il constitue une double protection : contre les infections sexuellement transmissibles, y compris le VIH/sida, mais aussi contre les grossesses non désirées.

Kambale Nzegera Jean-Lebon est également revenu sur le rôle essentiel des services de santé sexuelle et reproductive appelés à offrir aux jeunes un accès facile, confidentiel et à coût réduit au dépistage ainsi qu’à la prise en charge des infections, y compris le VIH. Ces services doivent aussi assurer la distribution des préservatifs et d’autres matériels de prévention, tout en renforçant la sensibilisation et la formation des prestataires de santé sur une communication adaptée aux jeunes. Selon lui, ces structures méritent d’être davantage renforcées à Goma et soutenues par des partenaires techniques et financiers tels que UNFPA, dans le cadre de la promotion de la santé sexuelle et reproductive.

Notons qu’outre les étudiants de l’Université de Goma, la conférence a également réuni ceux de ULPGL, de UNIM et de ISESOD.
Intéressés par la thématique, plusieurs participants ont plaidé pour l’organisation régulière de séances similaires dans les milieux universitaires afin de sensibiliser un plus grand nombre de jeunes.

La Rédaction