10 ans de HROC-RDC: La population du Nord-Kivu invitée à veiller sur sa santé mentale

Goma, 13 août 2026 – À l’occasion de son dixième anniversaire, l’organisation non gouvernementale HROC-RDC a appelé, ce vendredi 13 août lors d’une conférence de presse à Goma, la population du Nord-Kivu en particulier, et celle de la région des Grands Lacs en général, à accorder une attention particulière à sa santé mentale.

« La santé mentale renvoie aux aspects cognitifs, comportementaux et aux attitudes que les individus peuvent manifester à travers les troubles qu’ils ont subis. Lorsqu’elle n’est pas stable, il est très facile d’observer au sein de la communauté des comportements inappropriés, notamment la dépression, la démence, le stress et l’anxiété. C’est pourquoi nous en appelons à toute la population du Nord-Kivu en particulier, et à celle de la région des Grands Lacs en général, à tenir compte de sa santé mentale », a déclaré M. Jimmy Muhima, formateur et facilitateur en guérison des traumatismes et résolution des conflits.

Il a rappelé que le bien-être mental n’est toujours pas stable ni constant, car il dépend des circonstances.  

« La communauté doit veiller sur sa santé mentale, car nous ne pouvons pas toujours contrôler nos émotions, nos comportements et nos attitudes, étant donné que les effets extérieurs y contribuent largement », a-t-il ajouté.

« La santé mentale construit notre personne. Elle constitue notre fondement et notre bien-être. Lorsqu’un individu est en bonne santé mentale, il se trouve souvent au centre de tout développement », a-t-il insisté.

Et de poursuivre : « HROC-RDC, sigle qui signifie Guérir et Construire notre Communauté, est une approche communautaire de guérison des traumatismes. Créée dans la région des Grands Lacs, elle répond aux expériences traumatiques liées aux guerres, aux catastrophes et à d’autres violences ».

Dans sa vision, cette approche favorise le vivre-ensemble, particulièrement dans les contextes de post-conflit. Elle intervient là où les relations ont été déchirées. Après un conflit, elle vise à renforcer le tissu social en réunissant victime et auteur afin qu’ils discutent de leur passé, le comprennent et parviennent à la réconciliation.

Pour sa part, M. Jospin Chishugi, chargé des programmes à HROC-RDC, a précisé le domaine d’intervention de son organisation dans les communautés du Nord-Kivu :  

« HROC-RDC est une organisation à base communautaire qui intervient dans la prise en charge de la santé mentale à travers son approche Guérir et Construire notre Communauté. Une approche qui vise la guérison des traumatismes subis et la consolidation de la paix. » Ainsi, nous appelons les communautés à s’approprier les actions de HROC-RDC pour nous permettre de contribuer efficacement à la consolidation de la paix dans notre communauté, fracturée par des années de conflit », a-t-il conclu.

Rédaction

Hommages à l’abbé Jacques Letakamba : « Il a été discrètement une lumière pour beaucoup d’entre nous » (Abbé Innocent Nyirindekwe)

Alors que les premiers rassemblements de chrétiens ont débuté ce vendredi 14 août 2026 à Goma,dans le cadre du deuil relatif au décès de l’abbé Jacques Letakamba, les hommages se multiplient pour saluer l’héritage qu’il laisse à la communauté chrétienne et au monde scientifique de la région. Parmi les témoignages les plus poignants ce vendredi, figure celui de l’abbé Innocent Nyirindekwe, prêtre du diocèse de Goma, confrère et proche collaborateur du défunt. Les deux ont partagé près de 45 années d’amitié et de parcours commun, depuis le petit séminaire jusqu’au ministère sacerdotal.

À travers son témoignage, l’abbé Innocent Nyirindekwe décrit un prêtre profondément humain, discret, doté de nombreux talents et dont l’engagement pastoral, intellectuel et scientifique aura marqué plusieurs générations.

« Nous sommes amis depuis 45 ans. Nous avons commencé le petit séminaire ensemble, alors que nous avions 14 ans. Nous avons également été ordonnés prêtres ensemble, il y a 34 ans, et nous avons cheminé côte à côte depuis lors, à travers plusieurs étapes de la vie », témoigne l’abbé Innocent Nyirindekwe.

Pour lui, l’abbé Jacques Letakamba était « un pasteur complet, un homme plein d’humanité ». Cette dimension humaine, explique-t-il, s’est construite dès son enfance, notamment à travers son expérience dans les milieux du centre pour handicapés où il a grandi.

« Nous l’avions senti, parce qu’il avait une compassion et une proximité inégalables », souligne l’ancien recteur de l’Université Catholique la Sapientia de Goma.

Un homme discret aux talents multiples

L’abbé Innocent Nyirindekwe se souvient également d’un homme doté de nombreux talents, mais qui les exerçait avec une grande discrétion.

« Il avait beaucoup de capacités intellectuelles. Il connaissait la musique, jouait de l’orgue et de la guitare. Il était également sportif : il a pratiqué le football, le volleyball, le tennis et d’autres disciplines, et il les faisait très bien », raconte-t-il.

Au-delà de ces talents, l’abbé Jacques Letakamba s’était également distingué dans l’accompagnement spirituel. Selon son confrère, il est compté parmi les grands prédicateurs des récollections et des retraites spirituelles en diocèse de Goma.

Il était également très engagé dans l’accompagnement vocationnel, affirme l’abbé Nyirindekwe, « Il a aidé plusieurs sœurs et prêtres à commencer leur cheminement vocationnel ».

Un prêtre et un intellectuel reconnu

L’aspect intellectuel de l’abbé Jacques Letakamba demeure également un élément important de son héritage, estime son confrère.

« Je ne peux pas oublier son côté intellectuel. Il a écrit plusieurs ouvrages et a terminé sa vie comme professeur ordinaire, un titre que beaucoup de prêtres et d’intellectuels atteignent rarement », souligne-t-il.

À travers ses écrits et ses réflexions, Jacques Letakamba laisse ainsi une œuvre pouvant continuer à nourrir la réflexion scientifique et sociale, notamment autour des questions liées à « la recherche de la paix, à la santé et à la non-violence ».

« Comme intellectuel et écrivain, les scientifiques peuvent s’inspirer de ses écrits et de ses réflexions autour de la recherche de la paix, de la santé et de la non-violence », estime l’abbé Innocent Nyirindekwe.

Au-delà de son œuvre scientifique et intellectuelle, c’est surtout son témoignage de vie sacerdotale que l’abbé Nyirindekwe souhaite voir perdurer.

« Comme prêtre, il laisse l’héritage de la disponibilité à servir le Seigneur et de la discrétion, qui sont deux piliers importants dans le sacerdoce », conclut-il.

Prêtre du diocèse de Goma et figure bien connue de la sphère scientifique de la région, le révérend abbé Jacques Letakamba Paluku s’est éteint mardi 4 août 2026 à Kinshasa, à la suite d’une longue maladie.

En attendant l’arrivée de sa dépouille, annoncée pour dimanche prochain, et son inhumation prévue lundi 17 août, la communauté chrétienne de Goma se réunit chaque soir, depuis ce vendredi, à la paroisse Saint-Joseph Cathédrale; pour prier pour le repos de son âme et lui rendre les derniers hommages.

Emmanuel Barhebwa