« J’ai toujours rêvé de devenir médecin, mais je n’ai jamais eu la chance d’étudier » : le poignant témoignage de Rehema, orpheline à Caring for All Beings

À 15 ans, Rehema Hangi rêve de devenir médecin. Mais depuis le décès de ses parents, elle n’a jamais eu la possibilité de poursuivre une scolarité régulière. Hébergée depuis deux ans avec sa petite sœur dans l’orphelinat Caring for All Beings, à Goma, elle partage avec d’autres enfants le même espoir : avoir accès à l’éducation pour donner une chance à leurs rêves.

Orpheline depuis plusieurs années, Rehema Hangi est hébergée depuis deux ans à l’orphelinat Caring for All Beings, dans le quartier Mugunga, à Goma. Elle y est arrivée avec sa petite sœur, Claudine Hangi, 3 ans, après que leurs grands-parents, qui les avaient prises en charge à la suite du décès de leurs parents, ont éprouvé des difficultés à continuer à subvenir à leurs besoins.

Les deux sœurs y sont aujourd’hui logées, nourries et vêtues aux côtés de 37 autres enfants, eux aussi confrontés à des situations familiales difficiles.

Des rêves qui restent en suspens

Dans l’enceinte de l’orphelinat, les enfants jouent, apprennent et bénéficient d’un encadrement assuré notamment par des bénévoles de l’organisation FADPE ( Forum des Amis de Développement et la Protection de l’Environnement ), structure qui assure la gestion de cet orphelinat.

Malgré l’absence d’une scolarité formelle, beaucoup d’entre eux continuent de nourrir des rêves pour leur avenir.

À 15 ans, Rehema, elle, veut devenir médecin.

« C’est ce dont j’ai toujours rêvé : parvenir à administrer des soins aux malades, voir leur état s’améliorer et être en mesure de redonner le sourire aux gens », témoigne-t-elle.

Mais derrière ce rêve se cache une réalité douloureuse : Rehema n’a jamais eu la possibilité de poursuivre ses études depuis la disparition de ses parents.

« Je n’ai jamais eu quelqu’un pour me scolariser depuis la mort de mes parents », confie-t-elle. « L’orphelinat qui nous a accueillis depuis deux ans n’a pas les moyens de nous envoyer à l’école. Nous nous contentons donc des formations que nous recevons ici et nos rêves restent en suspens. »

Rehema n’est pas la seule à voir son projet d’avenir suspendu faute d’accès à l’éducation.

À 14 ans, Plamedie Bahati rêve, elle aussi, de devenir enseignante et couturière. Après le décès de ses parents, elle avait été confiée à une tante avant de rejoindre l’orphelinat, lorsque cette prise en charge est devenue difficile à maintenir.

Pour Mupenzi Muhawe, 15 ans, l’ambition est différente. Le jeune garçon rêve de devenir « acteur humanitaire », afin de venir en aide aux personnes en difficulté. « Ce sont seulement les études qui nous manquent ici. Pour le reste, je peux dire que nous avons tout ce qu’il nous faut pour grandir comme les autres enfants. Nous remercions tous nos bienfaiteurs pour cela », témoigne-t-il.

Une prise en charge de base malgré des moyens limités

Selon Joshua Mufabule, coordinateur du FADPE, l’actuel orphelinat a été créé en 2024. Le bâtiment était initialement destiné à l’encadrement des enfants issus de familles déplacées.

«Nous avons constaté que beaucoup d’enfants orphelins n’avaient nulle part où aller après les formations. Nous avons donc commencé à les loger ici et, progressivement, d’autres enfants nous ont rejoints », explique-t-il.

Aujourd’hui, 39 enfants vivent dans cette structure. Un nombre susceptible d’augmenter, alors que les demandes de prise en charge restent nombreuses.

« Nous sommes déjà à 39 enfants et ce chiffre pourrait probablement augmenter dans les prochains jours, puisque la demande reste très élevée. Mais nos capacités sont très limitées », déplore Joshua Mufabule.

Au quotidien, l’orphelinat tente d’assurer aux enfants l’essentiel : alimentation, vêtements, hébergement et encadrement.

À la place de l’éducation scolaire classique, les enfants bénéficient des formations destinées à leur donner certaines compétences pratiques. Ils apprennent notamment l’anglais et l’informatique, mais aussi différents métiers, parmi lesquels la coupe et couture, la coiffure et l’électricité.

Pour les responsables de la structure, ces formations constituent une manière de préparer les enfants à leur autonomie, en attendant les potentiels bienfaiteurs pouvant leur permettre de retourner à l’école.

Des ressources largement insuffisantes

Malgré sa volonté d’offrir un avenir meilleur aux enfants qu’elle accueille, la structure fait face à d’importantes difficultés financières. Son fonctionnement repose en grande partie sur les dons et l’appui de personnes de bonne volonté.

La priorité demeure notamment l’accès à l’éducation.

« Premièrement, nous avons des difficultés à amener ces enfants à l’école. Ils restent ici du 1er au 30 et se contentent des formations que nous leur offrons », explique Joshua Mufabule.

À cela s’ajoutent les besoins alimentaires et les dépenses liées au fonctionnement quotidien du centre.

«Ce n’est pas facile de nourrir 39 enfants jour et nuit sans l’aide des bienfaiteurs. Nous avons aussi des difficultés à couvrir les factures d’eau, d’électricité et les soins de santé, pour ne citer que cela », poursuit-il.

Derrière ces difficultés se trouvent donc 39 enfants dont certains ont déjà une idée précise de ce qu’ils souhaitent devenir, mais dont les rêves risquent de rester en suspens faute de moyens.

Joshua Mufabule lance ainsi un appel à la solidarité de la communauté : « Ces enfants sont aussi les vôtres. Unissons nos efforts pour leur offrir un meilleur avenir et leur faire comprendre qu’être orphelin n’est pas la fin du monde, qu’on peut être orphelin et devenir utile dans la communauté. »

L’orphelinat Caring for All Beings, situé dans le quartier Mugunga, dans la commune de Karisimbi, à Goma, reste ouvert aux personnes, organisations et structures désireuses d’apporter un soutien aux enfants. Les personnes intéressées peuvent contacter la structure aux coordonnées suivantes : E-mail: info.fadpeafrica@gmail sadpenvironment@gmail.com, téléphone: +243975974174

Emmanuel Barhebwa

Ebola en RDC : plus de 2 500 décès en 3 mois, le doctorant Poteau Kambale appelle à réévaluer le protocole

Face à la progression rapide de la 17e épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo et aux signes persistants de défiance communautaire, le chercheur scientifique Poteau Kambale estime nécessaire de réinterroger certains aspects du protocole de riposte. Pour lui, l’efficacité d’une réponse sanitaire ne peut être dissociée de la confiance des populations.

La République démocratique du Congo fait face à une flambée d’Ebola d’une ampleur particulièrement préoccupante. Selon le dernier bilan arrêté au 21 août 2026, la RDC comptait 5.514 cas confirmés et 2.642 décès dans 57 zones de santé. Le rythme de progression de cette épidémie inquiète d’autant plus que le seuil des 2 000 décès a été atteint en moins de trois mois, une vitesse de propagation qualifiée d’exceptionnelle dans les données rapportées ces dernières semaines.

Ces chiffres interpellent le doctorant Poteau Kambale, chercheur scientifique réanimateur spécialisé dans l’élaboration des protocoles sanitaires en contexte contraint. Pour lui, cette situation doit pousser les acteurs de la riposte à ne pas seulement renforcer les moyens de lutte, mais également à évaluer l’adéquation du protocole avec les réalités des communautés concernées.

Une mère face à une ambulance : le signal d’une confiance fragilisée ?

La réflexion de Poteau Kambale s’appuie notamment sur une vidéo largement relayée sur les réseaux sociaux, il y a quelques jours, présentée comme ayant été filmée à Butembo, au Nord-Kivu.

Dans cette séquence, une mère s’interpose devant un véhicule de type Land Cruiser utilisé dans le cadre de la prise en charge sanitaire. Elle tente d’empêcher le départ de son enfant, présenté dans la vidéo comme suspect d’être atteint d’Ebola.

La femme lance notamment en swahili : « Mutoto yangu hagonjwe Ebola, hamuta mubeba fasi », que l’on peut traduire par : « Mon enfant n’est pas malade d’Ebola, vous ne l’emmènerez nulle part. »

Pour Poteau Kambale, cette scène ne devrait pas être analysée uniquement sous l’angle du refus d’obéir à une mesure sanitaire.

Elle pourrait aussi révéler une réalité plus profonde : la peur, l’incompréhension et la fragilisation du lien de confiance entre certaines familles et le système de santé.

Quand le réflexe maternel se heurte au protocole

La scène soulève une question délicate : jusqu’où le consentement des familles peut-il être pris en compte lorsqu’une situation épidémique impose l’isolement ou le transfert d’une personne suspectée d’être infectée ?

Pour le doctorant, il ne s’agit évidemment pas de nier la dangerosité d’Ebola ni la nécessité de protéger les patients, les familles, les professionnels de santé et la communauté.

Mais une mesure sanitaire, aussi rigoureuse soit-elle sur le plan scientifique, risque de rencontrer une forte résistance lorsqu’elle n’est pas suffisamment comprise ou acceptée par ceux auxquels elle s’applique.

« À sa place, avec son niveau d’instruction et dans les mêmes circonstances, combien d’entre nous auraient réellement agi différemment ? », s’interroge-t-il.

Pour une mère, voir son enfant être conduit vers un centre d’isolement peut être vécu comme un moment de grande détresse. Si elle ne comprend pas clairement le diagnostic suspecté, les raisons du transfert, les étapes de la prise en charge ou les possibilités de communication avec son enfant, la peur peut rapidement prendre le dessus.

D’où une interrogation centrale dans la réflexion de Poteau Kambale : « Un protocole peut-il être scientifiquement rigoureux tout en étant socialement inadapté ? »

À part cela, des scènes de violence ou d’hostilité à l’égard des agents de la riposte continuent d’être rapportées dans plusieurs zones affectées par la maladie, témoignant de la persistance d’une certaine méfiance entre les communautés et les équipes engagées dans la réponse.

À ces tensions s’ajoutent les plaintes de certains patients et de leurs proches, qui font état d’éventuels cas de négligence ou d’une prise en charge jugée insuffisante de la part de certains agents. Des ambulanciers sont également pointés du doigt dans certains témoignages, certains patients ou leurs familles évoquant des refus ou des réticences à assurer certaines prestations, sur fond de difficultés liées au financement ou au paiement de leurs services.

Adapter le protocole au contexte local

Poteau Kambale reconnaît la nécessité de mesures telles que la détection rapide des cas, l’isolement, la prévention et le contrôle des infections, la recherche des contacts et la prise en charge des malades.

Cependant, il estime que leur efficacité dépend aussi de leur acceptation par les communautés. Dans un contexte marqué par l’insécurité, le manque de confiance dans la politique sanitaire, les déplacements de populations, la précarité, les rumeurs et les informations contradictoires, la perception des interventions sanitaires peut fortement influencer la réponse à l’épidémie.

Pour lui, un protocole élaboré dans un contexte scientifique international ne devrait pas être appliqué comme un simple « copier-coller ». Il doit pouvoir être adapté aux réalités sociales, culturelles et communautaires du terrain.

La communauté comme partenaire

Le doctorant plaide ainsi pour une implication accrue des familles et des leaders communautaires, une meilleure communication autour des procédures sanitaires, le recours à la médiation locale et une attention particulière à la dignité des patients et de leurs proches.

« La rigueur scientifique ne doit jamais devenir une rigidité institutionnelle », estime-t-il.

Selon cette approche, la communauté ne devrait pas être considérée uniquement comme une population à protéger, mais comme un véritable partenaire de la riposte.

Pour Poteau Kambale Katsuva, réviser certains aspects du protocole ne signifie donc pas abandonner la science. Il s’agit plutôt de reconnaître que l’efficacité d’une réponse épidémique dépend aussi de la confiance et de l’adhésion des populations.

« On ne protège durablement une population contre une épidémie ni contre son gré, ni sans elle », conclut-il.

Technicien anesthésiste-réanimateur en République Démocratique du Congo, Kambale Katsuva Poteau est chercheur en pratiques innovantes d’anesthésie-réanimation appliquées en milieu rural et doctorant à Rudolph Kwanue University du Liberia. Il est également représentant au Nord-Kivu de STARDC (Société des Techniciens Anesthésiste-Reanimateurs de la RDC), joignable à l’adresse https://orcid.org/0009-0000-0416-5951,

La Rédaction