Ebola en RDC : plus de 2 500 décès en 3 mois, le doctorant Poteau Kambale appelle à réévaluer le protocole

Face à la progression rapide de la 17e épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo et aux signes persistants de défiance communautaire, le chercheur scientifique Poteau Kambale estime nécessaire de réinterroger certains aspects du protocole de riposte. Pour lui, l’efficacité d’une réponse sanitaire ne peut être dissociée de la confiance des populations.

La République démocratique du Congo fait face à une flambée d’Ebola d’une ampleur particulièrement préoccupante. Selon le dernier bilan arrêté au 21 août 2026, la RDC comptait 5.514 cas confirmés et 2.642 décès dans 57 zones de santé. Le rythme de progression de cette épidémie inquiète d’autant plus que le seuil des 2 000 décès a été atteint en moins de trois mois, une vitesse de propagation qualifiée d’exceptionnelle dans les données rapportées ces dernières semaines.

Ces chiffres interpellent le doctorant Poteau Kambale, chercheur scientifique réanimateur spécialisé dans l’élaboration des protocoles sanitaires en contexte contraint. Pour lui, cette situation doit pousser les acteurs de la riposte à ne pas seulement renforcer les moyens de lutte, mais également à évaluer l’adéquation du protocole avec les réalités des communautés concernées.

Une mère face à une ambulance : le signal d’une confiance fragilisée ?

La réflexion de Poteau Kambale s’appuie notamment sur une vidéo largement relayée sur les réseaux sociaux, il y a quelques jours, présentée comme ayant été filmée à Butembo, au Nord-Kivu.

Dans cette séquence, une mère s’interpose devant un véhicule de type Land Cruiser utilisé dans le cadre de la prise en charge sanitaire. Elle tente d’empêcher le départ de son enfant, présenté dans la vidéo comme suspect d’être atteint d’Ebola.

La femme lance notamment en swahili : « Mutoto yangu hagonjwe Ebola, hamuta mubeba fasi », que l’on peut traduire par : « Mon enfant n’est pas malade d’Ebola, vous ne l’emmènerez nulle part. »

Pour Poteau Kambale, cette scène ne devrait pas être analysée uniquement sous l’angle du refus d’obéir à une mesure sanitaire.

Elle pourrait aussi révéler une réalité plus profonde : la peur, l’incompréhension et la fragilisation du lien de confiance entre certaines familles et le système de santé.

Quand le réflexe maternel se heurte au protocole

La scène soulève une question délicate : jusqu’où le consentement des familles peut-il être pris en compte lorsqu’une situation épidémique impose l’isolement ou le transfert d’une personne suspectée d’être infectée ?

Pour le doctorant, il ne s’agit évidemment pas de nier la dangerosité d’Ebola ni la nécessité de protéger les patients, les familles, les professionnels de santé et la communauté.

Mais une mesure sanitaire, aussi rigoureuse soit-elle sur le plan scientifique, risque de rencontrer une forte résistance lorsqu’elle n’est pas suffisamment comprise ou acceptée par ceux auxquels elle s’applique.

« À sa place, avec son niveau d’instruction et dans les mêmes circonstances, combien d’entre nous auraient réellement agi différemment ? », s’interroge-t-il.

Pour une mère, voir son enfant être conduit vers un centre d’isolement peut être vécu comme un moment de grande détresse. Si elle ne comprend pas clairement le diagnostic suspecté, les raisons du transfert, les étapes de la prise en charge ou les possibilités de communication avec son enfant, la peur peut rapidement prendre le dessus.

D’où une interrogation centrale dans la réflexion de Poteau Kambale : « Un protocole peut-il être scientifiquement rigoureux tout en étant socialement inadapté ? »

À part cela, des scènes de violence ou d’hostilité à l’égard des agents de la riposte continuent d’être rapportées dans plusieurs zones affectées par la maladie, témoignant de la persistance d’une certaine méfiance entre les communautés et les équipes engagées dans la réponse.

À ces tensions s’ajoutent les plaintes de certains patients et de leurs proches, qui font état d’éventuels cas de négligence ou d’une prise en charge jugée insuffisante de la part de certains agents. Des ambulanciers sont également pointés du doigt dans certains témoignages, certains patients ou leurs familles évoquant des refus ou des réticences à assurer certaines prestations, sur fond de difficultés liées au financement ou au paiement de leurs services.

Adapter le protocole au contexte local

Poteau Kambale reconnaît la nécessité de mesures telles que la détection rapide des cas, l’isolement, la prévention et le contrôle des infections, la recherche des contacts et la prise en charge des malades.

Cependant, il estime que leur efficacité dépend aussi de leur acceptation par les communautés. Dans un contexte marqué par l’insécurité, le manque de confiance dans la politique sanitaire, les déplacements de populations, la précarité, les rumeurs et les informations contradictoires, la perception des interventions sanitaires peut fortement influencer la réponse à l’épidémie.

Pour lui, un protocole élaboré dans un contexte scientifique international ne devrait pas être appliqué comme un simple « copier-coller ». Il doit pouvoir être adapté aux réalités sociales, culturelles et communautaires du terrain.

La communauté comme partenaire

Le doctorant plaide ainsi pour une implication accrue des familles et des leaders communautaires, une meilleure communication autour des procédures sanitaires, le recours à la médiation locale et une attention particulière à la dignité des patients et de leurs proches.

« La rigueur scientifique ne doit jamais devenir une rigidité institutionnelle », estime-t-il.

Selon cette approche, la communauté ne devrait pas être considérée uniquement comme une population à protéger, mais comme un véritable partenaire de la riposte.

Pour Poteau Kambale Katsuva, réviser certains aspects du protocole ne signifie donc pas abandonner la science. Il s’agit plutôt de reconnaître que l’efficacité d’une réponse épidémique dépend aussi de la confiance et de l’adhésion des populations.

« On ne protège durablement une population contre une épidémie ni contre son gré, ni sans elle », conclut-il.

Technicien anesthésiste-réanimateur en République Démocratique du Congo, Kambale Katsuva Poteau est chercheur en pratiques innovantes d’anesthésie-réanimation appliquées en milieu rural et doctorant à Rudolph Kwanue University du Liberia. Il est également représentant au Nord-Kivu de STARDC (Société des Techniciens Anesthésiste-Reanimateurs de la RDC), joignable à l’adresse https://orcid.org/0009-0000-0416-5951,

La Rédaction