« J’ai toujours rêvé de devenir médecin, mais je n’ai jamais eu la chance d’étudier » : le poignant témoignage de Rehema, orpheline à Caring for All Beings

À 15 ans, Rehema Hangi rêve de devenir médecin. Mais depuis le décès de ses parents, elle n’a jamais eu la possibilité de poursuivre une scolarité régulière. Hébergée depuis deux ans avec sa petite sœur dans l’orphelinat Caring for All Beings, à Goma, elle partage avec d’autres enfants le même espoir : avoir accès à l’éducation pour donner une chance à leurs rêves.

Orpheline depuis plusieurs années, Rehema Hangi est hébergée depuis deux ans à l’orphelinat Caring for All Beings, dans le quartier Mugunga, à Goma. Elle y est arrivée avec sa petite sœur, Claudine Hangi, 3 ans, après que leurs grands-parents, qui les avaient prises en charge à la suite du décès de leurs parents, ont éprouvé des difficultés à continuer à subvenir à leurs besoins.

Les deux sœurs y sont aujourd’hui logées, nourries et vêtues aux côtés de 37 autres enfants, eux aussi confrontés à des situations familiales difficiles.

Des rêves qui restent en suspens

Dans l’enceinte de l’orphelinat, les enfants jouent, apprennent et bénéficient d’un encadrement assuré notamment par des bénévoles de la FADP-RDC, structure qui assure la gestion du centre.

Malgré l’absence d’une scolarité formelle, beaucoup d’entre eux continuent de nourrir des rêves pour leur avenir.

À 15 ans, Rehema, elle, veut devenir médecin.

« C’est ce dont j’ai toujours rêvé : parvenir à administrer des soins aux malades, voir leur état s’améliorer et être en mesure de redonner le sourire aux gens », témoigne-t-elle.

Mais derrière ce rêve se cache une réalité douloureuse : Rehema n’a jamais eu la possibilité de poursuivre ses études depuis la disparition de ses parents.

« Je n’ai jamais eu quelqu’un pour me scolariser depuis la mort de mes parents », confie-t-elle. « L’orphelinat qui nous a accueillis depuis deux ans n’a pas les moyens de nous envoyer à l’école. Nous nous contentons donc des formations que nous recevons ici et nos rêves restent en suspens. »

Rehema n’est pas la seule à voir son projet d’avenir suspendu faute d’accès à l’éducation.

À 14 ans, Plamedie Bahati rêve, elle aussi, de devenir enseignante et couturière. Après le décès de ses parents, elle avait été confiée à une tante avant de rejoindre l’orphelinat, lorsque cette prise en charge est devenue difficile à maintenir.

Pour Mupenzi Muhawe, 15 ans, l’ambition est différente. Le jeune garçon rêve de devenir « acteur humanitaire », afin de venir en aide aux personnes en difficulté. « Ce sont seulement les études qui nous manquent ici. Pour le reste, je peux dire que nous avons tout ce qu’il nous faut pour grandir comme les autres enfants. Nous remercions tous nos bienfaiteurs pour cela », témoigne-t-il.

Une prise en charge de base malgré des moyens limités

Selon Joshua Mufabule, coordinateur de la FADP-RDC, l’actuel orphelinat a été créé en 2024. Le bâtiment était initialement destiné à l’encadrement des enfants issus de familles déplacées.

«Nous avons constaté que beaucoup d’enfants orphelins n’avaient nulle part où aller. Nous avons donc commencé à les loger ici et, progressivement, d’autres enfants nous ont rejoints », explique-t-il.

Aujourd’hui, 39 enfants vivent dans cette structure. Un nombre susceptible d’augmenter, alors que les demandes de prise en charge restent nombreuses.

« Nous sommes déjà à 39 enfants et ce chiffre pourrait probablement augmenter dans les prochains jours, puisque la demande reste très élevée. Mais nos capacités sont très limitées », déplore Joshua Mufabule.

Au quotidien, l’orphelinat tente d’assurer aux enfants l’essentiel : alimentation, vêtements, hébergement et encadrement.

À la place de l’éducation scolaire classique, les enfants bénéficient des formations destinées à leur donner certaines compétences pratiques. Ils apprennent notamment l’anglais et l’informatique, mais aussi différents métiers, parmi lesquels la coupe et couture, la coiffure et l’électricité.

Pour les responsables de la structure, ces formations constituent une manière de préparer les enfants à leur autonomie, en attendant les potentiels bienfaiteurs pouvant leur permettre de retourner à l’école.

Des ressources largement insuffisantes

Malgré sa volonté d’offrir un avenir meilleur aux enfants qu’elle accueille, la structure fait face à d’importantes difficultés financières. Son fonctionnement repose en grande partie sur les dons et l’appui de personnes de bonne volonté.

La priorité demeure notamment l’accès à l’éducation.

« Premièrement, nous avons des difficultés à amener ces enfants à l’école. Ils restent ici du 1er au 30 et se contentent des formations que nous leur offrons », explique Joshua Mufabule.

À cela s’ajoutent les besoins alimentaires et les dépenses liées au fonctionnement quotidien du centre.

«Ce n’est pas facile de nourrir 39 enfants jour et nuit sans l’aide des bienfaiteurs. Nous avons aussi des difficultés à couvrir les factures d’eau, d’électricité et les soins de santé, pour ne citer que cela », poursuit-il.

Derrière ces difficultés se trouvent donc 39 enfants dont certains ont déjà une idée précise de ce qu’ils souhaitent devenir, mais dont les rêves risquent de rester en suspens faute de moyens.

Joshua Mufabule lance ainsi un appel à la solidarité de la communauté : « Ces enfants sont aussi les vôtres. Unissons nos efforts pour leur offrir un meilleur avenir et leur faire comprendre qu’être orphelin n’est pas la fin du monde, qu’on peut être orphelin et devenir utile dans la communauté. »

L’orphelinat Caring for All Beings, situé dans le quartier Mugunga, dans la commune de Karisimbi, à Goma, reste ouvert aux personnes, organisations et structures désireuses d’apporter un soutien aux enfants. Les personnes intéressées peuvent contacter la structure aux coordonnées suivantes : E-mail: info.fadpeafrica@gmail sadpenvironment@gmail.com, téléphone: +243975974174

Emmanuel Barhebwa

Ebola en RDC : plus de 2 500 décès en 3 mois, le doctorant Poteau Kambale appelle à réévaluer le protocole

Face à la progression rapide de la 17e épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo et aux signes persistants de défiance communautaire, le chercheur scientifique Poteau Kambale estime nécessaire de réinterroger certains aspects du protocole de riposte. Pour lui, l’efficacité d’une réponse sanitaire ne peut être dissociée de la confiance des populations.

La République démocratique du Congo fait face à une flambée d’Ebola d’une ampleur particulièrement préoccupante. Selon le dernier bilan arrêté au 21 août 2026, la RDC comptait 5.514 cas confirmés et 2.642 décès dans 57 zones de santé. Le rythme de progression de cette épidémie inquiète d’autant plus que le seuil des 2 000 décès a été atteint en moins de trois mois, une vitesse de propagation qualifiée d’exceptionnelle dans les données rapportées ces dernières semaines.

Ces chiffres interpellent le doctorant Poteau Kambale, chercheur scientifique réanimateur spécialisé dans l’élaboration des protocoles sanitaires en contexte contraint. Pour lui, cette situation doit pousser les acteurs de la riposte à ne pas seulement renforcer les moyens de lutte, mais également à évaluer l’adéquation du protocole avec les réalités des communautés concernées.

Une mère face à une ambulance : le signal d’une confiance fragilisée ?

La réflexion de Poteau Kambale s’appuie notamment sur une vidéo largement relayée sur les réseaux sociaux, il y a quelques jours, présentée comme ayant été filmée à Butembo, au Nord-Kivu.

Dans cette séquence, une mère s’interpose devant un véhicule de type Land Cruiser utilisé dans le cadre de la prise en charge sanitaire. Elle tente d’empêcher le départ de son enfant, présenté dans la vidéo comme suspect d’être atteint d’Ebola.

La femme lance notamment en swahili : « Mutoto yangu hagonjwe Ebola, hamuta mubeba fasi », que l’on peut traduire par : « Mon enfant n’est pas malade d’Ebola, vous ne l’emmènerez nulle part. »

Pour Poteau Kambale, cette scène ne devrait pas être analysée uniquement sous l’angle du refus d’obéir à une mesure sanitaire.

Elle pourrait aussi révéler une réalité plus profonde : la peur, l’incompréhension et la fragilisation du lien de confiance entre certaines familles et le système de santé.

Quand le réflexe maternel se heurte au protocole

La scène soulève une question délicate : jusqu’où le consentement des familles peut-il être pris en compte lorsqu’une situation épidémique impose l’isolement ou le transfert d’une personne suspectée d’être infectée ?

Pour le doctorant, il ne s’agit évidemment pas de nier la dangerosité d’Ebola ni la nécessité de protéger les patients, les familles, les professionnels de santé et la communauté.

Mais une mesure sanitaire, aussi rigoureuse soit-elle sur le plan scientifique, risque de rencontrer une forte résistance lorsqu’elle n’est pas suffisamment comprise ou acceptée par ceux auxquels elle s’applique.

« À sa place, avec son niveau d’instruction et dans les mêmes circonstances, combien d’entre nous auraient réellement agi différemment ? », s’interroge-t-il.

Pour une mère, voir son enfant être conduit vers un centre d’isolement peut être vécu comme un moment de grande détresse. Si elle ne comprend pas clairement le diagnostic suspecté, les raisons du transfert, les étapes de la prise en charge ou les possibilités de communication avec son enfant, la peur peut rapidement prendre le dessus.

D’où une interrogation centrale dans la réflexion de Poteau Kambale : « Un protocole peut-il être scientifiquement rigoureux tout en étant socialement inadapté ? »

À part cela, des scènes de violence ou d’hostilité à l’égard des agents de la riposte continuent d’être rapportées dans plusieurs zones affectées par la maladie, témoignant de la persistance d’une certaine méfiance entre les communautés et les équipes engagées dans la réponse.

À ces tensions s’ajoutent les plaintes de certains patients et de leurs proches, qui font état d’éventuels cas de négligence ou d’une prise en charge jugée insuffisante de la part de certains agents. Des ambulanciers sont également pointés du doigt dans certains témoignages, certains patients ou leurs familles évoquant des refus ou des réticences à assurer certaines prestations, sur fond de difficultés liées au financement ou au paiement de leurs services.

Adapter le protocole au contexte local

Poteau Kambale reconnaît la nécessité de mesures telles que la détection rapide des cas, l’isolement, la prévention et le contrôle des infections, la recherche des contacts et la prise en charge des malades.

Cependant, il estime que leur efficacité dépend aussi de leur acceptation par les communautés. Dans un contexte marqué par l’insécurité, le manque de confiance dans la politique sanitaire, les déplacements de populations, la précarité, les rumeurs et les informations contradictoires, la perception des interventions sanitaires peut fortement influencer la réponse à l’épidémie.

Pour lui, un protocole élaboré dans un contexte scientifique international ne devrait pas être appliqué comme un simple « copier-coller ». Il doit pouvoir être adapté aux réalités sociales, culturelles et communautaires du terrain.

La communauté comme partenaire

Le doctorant plaide ainsi pour une implication accrue des familles et des leaders communautaires, une meilleure communication autour des procédures sanitaires, le recours à la médiation locale et une attention particulière à la dignité des patients et de leurs proches.

« La rigueur scientifique ne doit jamais devenir une rigidité institutionnelle », estime-t-il.

Selon cette approche, la communauté ne devrait pas être considérée uniquement comme une population à protéger, mais comme un véritable partenaire de la riposte.

Pour Poteau Kambale Katsuva, réviser certains aspects du protocole ne signifie donc pas abandonner la science. Il s’agit plutôt de reconnaître que l’efficacité d’une réponse épidémique dépend aussi de la confiance et de l’adhésion des populations.

« On ne protège durablement une population contre une épidémie ni contre son gré, ni sans elle », conclut-il.

Technicien anesthésiste-réanimateur en République Démocratique du Congo, Kambale Katsuva Poteau est chercheur en pratiques innovantes d’anesthésie-réanimation appliquées en milieu rural et doctorant à Rudolph Kwanue University du Liberia. Il est également représentant au Nord-Kivu de STARDC (Société des Techniciens Anesthésiste-Reanimateurs de la RDC), joignable à l’adresse https://orcid.org/0009-0000-0416-5951,

La Rédaction

Goma: L’UAGO lance 150 nouveaux diplômés sur le marché de l’emploi

L’Université Adventiste de Goma (U.A.GO), en collaboration avec l’Institut Supérieur de Techniques Adventistes de Goma (I.S.T.A.GO), a organisé, ce dimanche 23 août 2026, la cérémonie de collation des grades académiques consacrant la fin du parcours universitaire de 150 lauréats, parmi lesquels des diplômés de niveau Master.

La cérémonie a réuni les autorités académiques, le corps scientifique et enseignant, les comités de gestion, les parents ainsi que les heureux lauréats venus célébrer l’aboutissement de plusieurs années d’études et d’efforts.

Les diplômés sont issus de plusieurs filières, notamment la théologie, la psychologie, les sciences de l’homme, la gestion économique, l’informatique de gestion, le bâtiment et les travaux publics, les sciences infirmières, les soins généraux, la nutrition et diététique, les lettres et langues, ainsi que les mathématiques, algèbre et géométrie.

La cérémonie a été présidée sous l’encadrement des autorités académiques de l’U.A.GO, avec à sa tête le Professeur Recteur Elias Semajeri Ladislas.

Dans son intervention, le représentant des étudiants de l’Université Adventiste de Goma a exprimé sa reconnaissance à l’ensemble du corps enseignant, aux comités de gestion ainsi qu’aux parents des lauréats pour les efforts consentis afin d’accompagner leurs enfants jusqu’à l’aboutissement de leur parcours académique, malgré les difficultés rencontrées.

Prenant la parole, le Professeur Recteur Elias Semajeri Ladislas a félicité les heureux lauréats pour leur travail acharné, leur persévérance et leur courage face aux difficultés rencontrées durant leur parcours universitaire.

Il a également encouragé le corps scientifique, le comité de gestion et les parents, dont l’accompagnement a contribué à la réussite des étudiants. Aux nouveaux diplômés, il a adressé un appel à affronter avec courage les aléas et les défis de la vie professionnelle et sociale, tout en cultivant l’intégrité, la responsabilité, la discipline et le bon caractère.

Dans son message, le Recteur a également saisi l’occasion pour lancer une invitation aux nouveaux diplômés et à tous ceux qui souhaitent poursuivre leurs études supérieures. Il les a encouragés à ne pas hésiter à venir s’inscrire massivement à l’Université Adventiste de Goma (U.A.GO), en leur assurant qu’ils y trouveront un cadre favorable à leur formation et à leur épanouissement académique.

« N’hésitez pas à venir vous inscrire massivement à l’Université Adventiste de Goma. Vous ne serez pas déçus », a-t-il lancé, invitant ainsi les futurs étudiants à faire confiance à l’institution pour la poursuite de leur formation.

Cette collation des grades académiques marque ainsi une nouvelle étape dans la vie des 150 lauréats, désormais appelés à mettre leurs connaissances, leurs compétences et les valeurs acquises au service de la communauté et du développement de la société.

La Rédaction

4 inhumations de consacrés en une semaine : le diocèse de Goma tourne l’une des pages les plus sombres de son histoire

La communauté diocésaine de Goma a conduit, jeudi 20 août 2026, à leurs dernières demeures trois autres consacrés, deux jours seulement après les obsèques de l’abbé Jacques Paluku Letakamba, prêtre du diocèse de Goma décédé le 4 août 2026. L’abbé Désiré Munyakarambi, son confrère, s’est éteint dans la soirée du 17 août 2026, le jour même de la veillée mortuaire organisée en hommage à l’abbé Jacques Letakamba. La sœur Marie-Goretti Ndaziramiye, membre de la congrégation des Sœurs de Saint-Vincent-de-Paul de Roeselare, a également tiré sa révérence au cours de cette même soirée. À ces deux décès s’ajoute celui de la sœur Donatila Nyirabukeye, fille de Marie Reine des Apotres de Bukavu, décédée le 13 août 2026.

En l’espace de quelques jours, le diocèse de Goma a ainsi été frappé par la disparition de quatre consacrés. Une succession de deuils qui a plongé la communauté diocésaine dans une profonde tristesse et le recueillement, marquant l’une des pages les plus douloureuses de son histoire récente.

Des funérailles marquées par l’unité de l’Église

La messe de funérailles des trois derniers consacrés a été célébrée en la paroisse-cathédrale Saint-Joseph de Goma. Elle a été présidée par le vicaire général du diocèse de Goma, représentant l’évêque diocesain, empêché pour des raisons de santé.

La célébration a rassemblé des milliers de participants, majoritairement des consacrés et des fidèles laïcs proches des illustres disparus, parmi lesquels ceux venus du Rwanda, de la ville de Bukavu et d’ailleurs.

Dans son homélie, le vicaire général a souligné le caractère inédit de ces funérailles, qui, selon lui, témoignent également de l’unité qui caractérise la vie consacrée et l’ensemble de la communauté ecclésiale.

S’appuyant sur l’Évangile du jour, consacré à la parabole du vêtement de fête aux noces, il a établi un parallèle entre la vie des trois consacrés et le vêtement de fête évoqué par le Christ.

« Dieu nous convie tous les jours à la fête. Et il est étonné de trouver parmi nous quelqu’un qui ne porte pas l’habit de fête. La tenue de noces, c’est le choix de suivre le Christ, c’est avoir un cœur pur, un cœur tourné vers Dieu et un cœur sincère », a-t-il indiqué.

Évoquant la vie des trois religieux dont les funérailles étaient célébrées, le vicaire général a estimé qu’ils étaient demeurés fidèles à leur engagement spirituel jusqu’au dernier moment de leur vie.

« Les trois consacrés dont nous célébrons aujourd’hui la naissance au ciel sont restés fidèles à la prière jusqu’au dernier moment de leur vie. Aujourd’hui, ils nous apprennent l’unité de l’Église, la fidélité à nos engagements et surtout à être en habit de fête… »

« Notre douleur est grande, mais notre espérance est plus grande » (Mgr Willy Ngumbi)

Dans un message adressé aux fidèles de Goma et lu par son chancelier au cours de cette messe de requiem, l’évêque de Goma, Mgr Willy Ngumbi, a exprimé, depuis la ville de Kinshasa, sa communion fraternelle avec l’ensemble de la communauté diocésaine, particulièrement avec les familles biologiques et religieuses des trois consacrés.

Face à cette succession de deuils, l’évêque a invité les fidèles à garder l’espérance chrétienne face à l’épreuve.

Notre douleur est grande, a-t-il reconnu, mais notre espérance est plus grande. « Que le Seigneur nous donne la force de traverser cette épreuve et qu’il transforme peu à peu nos larmes en espérance » implore l’évêque de Goma.

Mgr Willy Ngumbi a ensuite adressé un dernier hommage aux trois consacrés, confiant leurs ames à la miséricorde de Dieu :

« Votre mission terrestre est maintenant achevée, mais le fruit de votre témoignage demeure dans le cœur de ceux que vous avez rencontrés. Que Saint Joseph, patron de la bonne mort, vous accompagne auprès du Seigneur et que Dieu Tout-Puissant et Miséricordieux vous accorde le repos éternel. »

Avant la fin de la célébration, une quinzaine de délégations ont tour à tour déposé des gerbes de fleurs en hommage aux trois illustres disparus, n signe de gratitude pour tout ce qu’ils ont accompli au service de la communauté au cours de leur vie. Leurs dépouilles ont été ensuite conduites au cimetière ecclésiastique de Buhimba, où ils reposent désormais aux côtés d’autres consacrés du diocèse de Goma. Ils y ont rejoint notamment l’abbé Jacques Paluku Letakamba, inhumé deux jours auparavant,

Ces quatre décès successifs ont ainsi plongé le diocèse de Goma dans une période de deuil particulièrement éprouvante. Au-delà de la douleur, ces célébrations funéraires ont constitué un moment de communion, de prière et de rappel de la vocation des consacrés à demeurer fidèles à leur engagement jusqu’au bout.

Emmanuel Barhehbwa

Hommages à l’abbé Jacques Letakamba : « Il a été discrètement une lumière pour beaucoup d’entre nous » (Abbé Innocent Nyirindekwe)

Alors que les premiers rassemblements de chrétiens ont débuté ce vendredi 14 août 2026 à Goma,dans le cadre du deuil relatif au décès de l’abbé Jacques Letakamba, les hommages se multiplient pour saluer l’héritage qu’il laisse à la communauté chrétienne et au monde scientifique de la région. Parmi les témoignages les plus poignants ce vendredi, figure celui de l’abbé Innocent Nyirindekwe, prêtre du diocèse de Goma, confrère et proche collaborateur du défunt. Les deux ont partagé près de 45 années d’amitié et de parcours commun, depuis le petit séminaire jusqu’au ministère sacerdotal.

À travers son témoignage, l’abbé Innocent Nyirindekwe décrit un prêtre profondément humain, discret, doté de nombreux talents et dont l’engagement pastoral, intellectuel et scientifique aura marqué plusieurs générations.

« Nous sommes amis depuis 45 ans. Nous avons commencé le petit séminaire ensemble, alors que nous avions 14 ans. Nous avons également été ordonnés prêtres ensemble, il y a 34 ans, et nous avons cheminé côte à côte depuis lors, à travers plusieurs étapes de la vie », témoigne l’abbé Innocent Nyirindekwe.

Pour lui, l’abbé Jacques Letakamba était « un pasteur complet, un homme plein d’humanité ». Cette dimension humaine, explique-t-il, s’est construite dès son enfance, notamment à travers son expérience dans les milieux du centre pour handicapés où il a grandi.

« Nous l’avions senti, parce qu’il avait une compassion et une proximité inégalables », souligne l’ancien recteur de l’Université Catholique la Sapientia de Goma.

Un homme discret aux talents multiples

L’abbé Innocent Nyirindekwe se souvient également d’un homme doté de nombreux talents, mais qui les exerçait avec une grande discrétion.

« Il avait beaucoup de capacités intellectuelles. Il connaissait la musique, jouait de l’orgue et de la guitare. Il était également sportif : il a pratiqué le football, le volleyball, le tennis et d’autres disciplines, et il les faisait très bien », raconte-t-il.

Au-delà de ces talents, l’abbé Jacques Letakamba s’était également distingué dans l’accompagnement spirituel. Selon son confrère, il est compté parmi les grands prédicateurs des récollections et des retraites spirituelles en diocèse de Goma.

Il était également très engagé dans l’accompagnement vocationnel, affirme l’abbé Nyirindekwe, « Il a aidé plusieurs sœurs et prêtres à commencer leur cheminement vocationnel ».

Un prêtre et un intellectuel reconnu

L’aspect intellectuel de l’abbé Jacques Letakamba demeure également un élément important de son héritage, estime son confrère.

« Je ne peux pas oublier son côté intellectuel. Il a écrit plusieurs ouvrages et a terminé sa vie comme professeur ordinaire, un titre que beaucoup de prêtres et d’intellectuels atteignent rarement », souligne-t-il.

À travers ses écrits et ses réflexions, Jacques Letakamba laisse ainsi une œuvre pouvant continuer à nourrir la réflexion scientifique et sociale, notamment autour des questions liées à « la recherche de la paix, à la santé et à la non-violence ».

« Comme intellectuel et écrivain, les scientifiques peuvent s’inspirer de ses écrits et de ses réflexions autour de la recherche de la paix, de la santé et de la non-violence », estime l’abbé Innocent Nyirindekwe.

Au-delà de son œuvre scientifique et intellectuelle, c’est surtout son témoignage de vie sacerdotale que l’abbé Nyirindekwe souhaite voir perdurer.

« Comme prêtre, il laisse l’héritage de la disponibilité à servir le Seigneur et de la discrétion, qui sont deux piliers importants dans le sacerdoce », conclut-il.

Prêtre du diocèse de Goma et figure bien connue de la sphère scientifique de la région, le révérend abbé Jacques Letakamba Paluku s’est éteint mardi 4 août 2026 à Kinshasa, à la suite d’une longue maladie.

En attendant l’arrivée de sa dépouille, annoncée pour dimanche prochain, et son inhumation prévue lundi 17 août, la communauté chrétienne de Goma se réunit chaque soir, depuis ce vendredi, à la paroisse Saint-Joseph Cathédrale; pour prier pour le repos de son âme et lui rendre les derniers hommages.

Emmanuel Barhebwa

Béni par l’évêque de Goma, Akonkwa/KB s’impose comme le nouveau géant du lac Kivu

Les Établissements KB ont officiellement inauguré, mercredi 22 juillet à Goma, Akonkwa/KB , un bateau de dernière génération destiné à renforcer le transport lacustre sur le lac Kivu. La cérémonie de bénédiction, présidée par Mgr Willy Ngumbi, évêque du diocèse de Goma, a réuni autorités politico-administratives, opérateurs économiques ainsi que nombreux invités.

L’événement a été précédé d’une messe d’action de grâce célébrée à la paroisse Saint-Esprit de Goma. Cette célébration eucharistique était dédiée au repos de l’âme de feu Benoît Kabene, disparu il y a huit ans, ainsi qu’au 19ᵉ anniversaire de l’épiscopat de Mgr Willy Ngumbi.

Dans son allocution, Mgr Willy Ngumbi a salué cette initiative, estimant que la famille Kabene a choisi « la meilleure manière de rendre hommage à son père ». Il a souligné qu’au-delà de l’aspect commercial, ce nouveau navire contribuera à renforcer les échanges entre les communautés riveraines du lac Kivu et à stimuler le développement socio-économique de la région.

L’évêque de Goma a également exprimé son appréciation face aux innovations qu’apporte Akonkwa/KB, notamment sa capacité d’accueil de plus de 600 passagers, son niveau de confort amélioré, sa rapidité ainsi que ses équipements modernes, susceptibles d’améliorer sensiblement les conditions de transport sur le lac.

Prenant la parole, le représentant de l’Association des Armateurs du Lac Kivu (ASSALAK) a félicité les Établissements KB pour leurs investissements en faveur de la modernisation du secteur. Il a toutefois plaidé pour un allègement de la fiscalité en faveur des opérateurs du transport lacustre, afin de leur permettre de proposer des services plus accessibles à la population.

Au cours de la cérémonie, un brevet de mérite a été décerné à Mme Paulette Kabene en reconnaissance de son engagement pour l’amélioration du transport lacustre sur le lac Kivu et pour la poursuite de l’œuvre initiée par son défunt époux.

La cérémonie s’est achevée par une navigation inaugurale sur le lac Kivu, permettant aux autorités et aux invités de découvrir les performances, le confort et les équipements du bateau Akonkwa/KB.

À travers la mise en service de ce nouveau navire, les Établissements KB réaffirment leur volonté de moderniser le transport lacustre sur le lac Kivu et de contribuer à une meilleure mobilité des personnes et des biens entre les différentes localités riveraines.

Emmanuel BARHEBWA