Journée mondiale des infirmiers : Poteau Kambale dénonce l’écart entre budgets de guerre et soutien aux soignants

Dans une tribune parvenue à la rédaction de KivuNyota ce mardi 12 mai 2026, Kambale Katsuva Poteau, technicien anesthésiste-réanimateur en République démocratique du Congo, chercheur en pratiques innovantes d’anesthésie-réanimation appliquées en milieu rural et doctorant à Rudolph Kwanue University du Liberia, interpelle la communauté internationale sur le paradoxe entre les budgets alloués à la guerre et ceux destinés à la santé des populations.

Selon lui, il est incompréhensible que plusieurs pays s’approvisionnent année après année en chars de combat et en armes sophistiquées, tout en peinant à offrir une rémunération décente aux infirmiers ou à doter les structures sanitaires de plateaux techniques adaptés.

« Comment comprendre que des États investissent massivement dans les outils de destruction, alors que leurs soignants manquent encore du strict minimum pour sauver des vies ? », s’interroge le doctorant.

Au nom d’une prétendue sécurité nationale, souligne-t-il, certains pays où le paludisme continue de tuer un enfant toutes les deux minutes restent pourtant présents sur le marché des armes et accumulent les munitions pour faire la guerre.

Dans cette tribune à lire en intégralité ici, Poteau Kambale formule également un plaidoyer en faveur d’un accompagnement scientifique, technique et matériel pour ses travaux de recherche, axés sur la réduction de la mortalité pédiatrique en chirurgie dans les zones à ressources limitées.

Journée mondiale des infirmiers: Entre la science qui détruit et les mains qui sauvent

À l’occasion de la Journée mondiale des infirmiers, il est important de dépasser les simples discours de circonstance pour regarder avec lucidité la réalité que vivent des millions de professionnels de santé à travers le monde.

Pendant qu’une partie de l’humanité investit des milliards dans le perfectionnement des technologies capables de détruire la vie, une autre lutte silencieusement avec des moyens dérisoires pour la préserver. Cette contradiction interpelle notre conscience collective et pose une question fondamentale : avançons-nous réellement vers le progrès si la capacité de détruire évolue plus vite que celle de soigner ?

La réalité des infirmiers en RDC

En République Démocratique du Congo, particulièrement dans les zones de guerre, de pauvreté et d’instabilité sanitaire, l’infirmier devient souvent le dernier rempart entre la vie et la mort.

Il improvise, il adapte, il invente. Là où certains disposent d’équipements ultra-modernes, lui cherche comment oxygéner un enfant sans matériel adéquat, calmer une douleur sans médicaments suffisants ou maintenir un blessé en vie malgré l’absence d’électricité, de monitoring ou d’oxygène.

Les infirmiers et anesthésistes travaillant dans les zones à ressources limitées exercent dans des conditions extrêmement difficiles : manque d’équipements, faible rémunération, surcharge de travail, insécurité permanente et absence de soutien scientifique. Pourtant, malgré ces réalités, ils continuent de servir avec courage et humanité.

D’un côté, le monde développe des armes intelligentes et des systèmes sophistiqués de destruction ; de l’autre, des professionnels de santé oubliés consacrent leur intelligence à prolonger la vie humaine. Deux formes de puissance s’opposent alors : celle qui neutralise et celle qui protège.

C’est ici qu’apparaît le vieux mystère du prédateur et de la proie. Pourtant, l’histoire montre que la survie de l’humanité dépend moins de ceux qui détruisent que de ceux qui soignent,à réparent et reconstruisent.

Appel aux décideurs

En ma qualité de chercheur en pratiques innovantes en anesthésie-réanimation, expert anesthésiste technicien du terrain en ressources limitées, enseignant et doctorant à Rudolph Kwanue University, je m’adresse humblement aux puissances mondiales ainsi qu’aux décideurs du sort des peuples.

Penser librement ne signifie pas désigner un ennemi. C’est simplement poser une réflexion humaine et responsable sur les priorités de notre civilisation. Pourquoi les budgets consacrés aux conflits augmentent-ils plus rapidement que ceux destinés à la santé ? Pourquoi ceux qui sauvent des vies dans les hôpitaux restent-ils invisibles alors que les logiques de domination occupent le centre des décisions mondiales ?

Les infirmiers ne portent pas seulement une blouse ; ils portent une responsabilité civilisationnelle. Là où la peur détruit, ils rassurent. Là où les systèmes abandonnent, ils restent debout.

Demande d’aide et de soutien pour nos recherches

J’exprime également un besoin réel d’accompagnement scientifique, technique et matériel afin de renforcer nos recherches orientées vers la réduction de la mortalité pédiatrique en chirurgie dans les zones non équipées.

Chaque enfant perdu faute de matériel adapté représente une douleur évitable. Derrière chaque statistique se cache une famille, une communauté entière suspendue à la capacité des soignants à agir malgré le manque de moyens.

Nos recherches en anesthésie-réanimation dans les milieux à ressources limitées visent à développer des approches simples, innovantes et accessibles pour sauver davantage de vies. Mais sans soutien, sans partenariats et sans investissements humains et scientifiques, ces efforts risquent de rester limités face à l’ampleur des besoins.

Conclusion émotionnelle

En cette Journée mondiale des infirmiers, il ne suffit plus seulement de remercier. Il faut reconnaître que derrière chaque seringue, chaque pansement et chaque garde de nuit se cache une résistance humaine essentielle : celle de choisir la vie, même dans un monde qui semble parfois apprendre plus vite à détruire qu’à guérir.

L’infirmier reste cette main discrète qui soutient l’humanité lorsque tout vacille. Il agit souvent dans l’ombre, mais son combat quotidien éclaire encore l’espoir des peuples.

Texte rédigé par Kamabale Katsuva Poteau, chercheur en anesthésie-réanimation, enseignant et doctorant à Rudolph Kwanue University.